Institut de Paix et Réconciliation

Institut de Paix et Réconciliation

PRESENTATION

L’ISPR/ACEAC est l’Institut Supérieur de Paix et de Réconciliation créé par l’ACEAC le 14 septembre 2011 sur décision de l’Assemblée Générale tenue à KINSHASA en juillet 2010. Il est une école de paix, un service culturel permanent  ainsi qu’une organisation didactique et scientifique appelée à se spécialiser dans l’étude et la gestion des conflits en vue de contribuer à la consolidation de la paix par la culture.

Certes,  du point de vue politique, à la suite  des conflits meurtriers qui écument la Sous-région des Grands Lacs africains depuis une trentaine d’années, les processus de paix en cours bénéficient déjà, fort heureusement, d’une mobilisation générale des pouvoirs publics et de la communauté internationale notamment par la réhabilitation des institutions publiques et de leur légitimité démocratique, par des interventions humanitaires massives, par d’importants programmes de développement ainsi que par l’adoption de divers protocoles de protection des droits humains. Cet élan  attire également, dans son sillage, des entreprises publiques et privées impliquées dans la reconstruction et requiert   la  participation d’un nombre important d’Organisations Non Gouvernementales  et  des organisations religieuses engagées dans les interventions humanitaires, dans le développement communautaire, dans  la défense des Droits Humains. Chacun selon sa nature et ses moyens y apporte sa contribution.  

Mais dans domaine de la consolidation de la paix, il reste tout de même une dimension  socioculturelle à mieux explorer, à mieux meubler, en synergie, pour que l’esprit de  paix appelé de tous les vœux puisse réellement passer des grands projets politiques  des leaders jusque dans les têtes des gens, de leurs têtes à leurs cœurs et de leurs  cœurs dans les mœurs professionnelles et  citoyennes.  La dynamique de l’ISPR/ACEAC relève de ce second volet de la consolidation de la paix en prolongement et en complémentarité avec les initiatives politiques et les interventions humanitaires en cours ainsi qu’indiqué plus haut.

La particularité pastorale de l’Eglise à travers  son Enseignement Social est justement celle d’accompagner au quotidien les consciences ainsi que les communautés chrétiennes et humaines  dans cette démarche d’appropriation intime de la paix, la faisant passer  des institutions dans les esprits, de la tête au cœur et du cœur dans les mœurs.

L’ISPR reçoit mandant de l’ACEAC de participer à cet élan collectif. Il  lui revient dès lors de contribuer à la consolidation de la paix par la promotion, la diffusion et l’enracinement  d’une culture de cohésion citoyenne et de concorde entre les peuples. L’Institut s’en acquittera de trois manières principalement : accompagner les communautés dans le processus de guérison intérieure de ses traumatismes, ce qui signifie identifier et affronter les défis des blessures intérieures faites des rancœurs, des rancunes, des ressentiments, qui éloignent les cœurs ;  nommer pour surmonter  les préjugés et  stéréotypes qui refroidissent les rapports entre communautés et entre peuples ; reconnaître pour transcender  les méfiances entre groupements humains qui paralysent l’action solidaire pourtant nécessaire à l’intégration nationale et régionale ainsi qu’à à  un développement intégral et durable. Car le développement ne peut être intégral et durable  que s’il est humainement harmonieux. Telle est la signification authentique de l’évangélisation de la culture et par la culture à travers ses œuvres pastorales et sociales de l’Eglise qui mandate l’ISPR/ACEAC à y prendre activement part.

LE CONTEXTE DE CREATION DE L’INSTITUT

Le contexte dans lequel est né l’ISPR/ACEAC est celui d’une Sous-région des Grands Lacs Africains minée pas des violences à répétition qui se sont abattues sur elle depuis la chute du mur de Berlin. Ce tournant géopolitique décisif a eu, pour effets des réaménagements énergiques des enjeux géostratégiques, ce qui a entraîné des violences politiques inouïes faisant de cette Sous-région l’un des points les plus chauds de la planète : le Rwanda a été ébranlé par le génocide, le Burundi entamé par d’intolérables massacres interethniques, la RD Congo saigné par l’holocauste de ses populations décimées à hauteur de quelques 6 millions de vies humaines détruites, sans parler du drame de millions de réfugiés errants  sans feu ni lieu dans la sous-région ou alors condamnés à une vie de précarité dans des camps de réfugiés. A ces calamités il faut, pour comble de déchéance, ajouter encore le fléau de l’emploi  systématique du viol comme arme de guerre. Il en ressort clairement que l’agression politique  de la guerre et de l’insécurité était doublée  d’une seconde agression, systémique et d’autant plus perverse : celle de l’éclipse des repères culturels. Cela dure depuis bientôt trois décennies.  

A l’agression politique, les classes politiques locales et la communauté internationale ont  répondu, en ce qui les concerne, par des interventions politiques de grande ampleur. Elles s’efforcent, laborieusement, de raffermir les institutions politiques et appuient les organisations humanitaires au niveau national, régional et international. En témoignent les processus nationaux de démocratisation en cours, avec l’appui de l’ONU et de la Communauté Internationale, de même que  la mise en place de mécanismes régionaux de paix, de sécurité et de coopération réactivés ou simplement mis en place, tels la Communauté Economique des Pays des Grands Lacs (CEPGL) ou encore, plus récemment,  la Conférence Internationale de la Région des Grands Lacs (CIRGL). Au niveau humanitaire, également, des aides importantes sont apportées aux populations sinistrées, particulièrement aux réfugiés confinés dans des camps de fortune, avec l’aide du HCR, ou encore aux populations affamées par la guerre, avec l’appui du Programme Alimentaire Mondial, sans citer de nombreuses initiatives d’éducation à la paix qui sont mises en place avec l’aide d’organisations telles que les chaires UNESCO des Droits Humains. Ainsi, au stade actuel, la situation s’est  améliorée un peu  partout, mais elle reste fragile, en raison de l’état d’esprit qui reste tendu çà et là. Aussi  faudrait-il pouvoir s’assurer que ce climat global de paix qu’on voudrait durable s’enracine aussi, assez profondément dans les esprits, dans les cœurs et dans les mœurs. Car,  comme indiqué plus haut, ces crises politiques globales ont également  entraîné dans leur sillage de multiples  effets pervers ainsi que de nombreux traumatismes non suffisamment pris en compte par ces mécanismes  de restauration de la paix et qui menacent à la fois les cohésions communautaires et citoyennes et la  concorde entre les peuples. Des repères culturels, spirituels, éthiques et professionnels de base ont été  bouleversés,  de sorte que sous de vieilles blessures couve facilement le feu dévorant de la possible violence pour aujourd’hui et pour demain.

Les pièges  de ces blessures peuvent se résumer en quelques mots : au niveau interpersonnel, des relents de ressentiments, des rancœurs, voire des rancunes  interindividuelles  qui caressent  discrètement des soifs ardentes de revanche ; au niveau intercommunautaire, des préjugés et stéréotypes se sont insinués entre communautés et entre peuples, qui aveuglement l’esprit, ou tout au moins le rendent myope, par une attitude souvent de type manichéen  qui ne voit entre les hommes que deux catégories : les bons et les mauvais. Pareille attitude  encourage  l’exclusion de l’autre, le  situant si simplement dans « l’axe du mal ». Enfin, au niveau de l’action solidaire, un fond de méfiance est entretenu entre communautés et entre peuples ; il est de nature à ralentir les intégrations nationales et régionale. Le repli identitaire qui  découle  de cet état de choses se traduit, selon les cas,  ici par un tribalisme, là par un  nationalisme étroit ou par un chauvinisme de mauvais aloi entraînant comme naturellement du fanatisme ravageur au niveau politique ou du clientélisme rétrograde au niveau professionnel. Pareille attitude  prend en otage le bien commun et bloque si souvent la promotion de la transparence, de la compétence, de la saine émulation et la collaboration, de l’égalité des chances, autant de sources du succès sous tous les cieux. 

Vue sous cet angle, la Sous-région est vraiment malade de son vivre ensemble et, dans ces conditions, elle ne saurait décoller convenablement, de manière solidaire et satisfaisante. Il nous faut donc pour mieux en sortir, des démarches complémentaires qui intègrent une démarche personnelle de chacun  visant le retour à la sérénité,  la réconciliation avec son histoire, la restauration d’amitiés perdues puis retrouvées, à commencer par  celles les  leaders entre eux, et par eux, entre leurs communautés respectives. Il nous faut rebâtir ensemble, patiemment  les vertus citoyennes et culturelles de tolérance et complémentarité,  des capacités professionnelles renforcées de socialisation qui soient pragmatiques, qui accueillent et intègrent les différences avec l’autre, non comme une menace permanente devant inciter les uns et les autres à la destruction mutuelle,  mais comme  autant de chances de complémentarités, grâce au partage des savoirs, des  savoir faire, du savoir vivre et de bon vivre.

Une telle démarche nécessite que la Société Civile et son leadership religieux travaillent sérieusement ensemble sur les consciences et sur les mœurs, avec le concours de tous, les services publics y compris, en application du sage principe de subsidiarité. Pour un développement intégral de chaque communauté et pour une intégration réussie des différentes populations au niveau national et régional, il lui faut œuvrer à opérer une inversion heureuse du cercle vicieux de la violence au cercle vertueux de la compétence, de la saine émulation et de la collaboration, gages d’une vigueur indispensable dans un contexte mondialisé où la compétition est féroce !

L’ISPR/ACEAC est une des réponses pastorales, culturelles et intellectuelles  à ce défi des transitions culturelles en marche forcée qui ont pris nos populations dans un redoutable tourbillon de violences. Créé par l’ACEAC, l’Institut a justement reçu  de l’ACEAC mission de documenter, promouvoir, de diffuser des repères spirituels, éthiques et professionnels d’une solide culture de paix de manière à les enraciner graduellement et  méthodiquement dans la vie professionnelle, privée et publique.  Il ne peut le faire qu’à partir d’un noyau de leadership résolu à cheminer dans ce sens. Cette dynamique suppose, dans le chef des acteurs sociaux engagés dans cette direction, une attitude personnelle de réconciliation personnelle, interpersonnelle et intercommunautaire avec notre histoire récente, si souvent douloureuse,  ainsi qu’un entrainement méthodique à mieux rendre service en ce domaine, à travers de meilleures connaissances des défis objectifs et vitaux tels que ceux portant notamment sur la gestion des ressources naturelles, la bonne gouvernance, l’éthique et la santé familiale, l’éducation à la paix, la communication non violente et d’autres encore.

Ces thématiques prioritaires sont si importantes qu’elles constituent chacune à l’ISPR/ACEAC une matière pour un diplôme postuniversitaire et interdisciplinaire de niveau Master Complémentaire (MC) d’une durée d’un an, dont les curricula supposent comme pré requis des deux cycles universitaires de BAC+3+2 (+1), la dernière année étant précisément celle du Master Complémentaire passé à l’ISPR/ACEAC. Il s’agit bien d’un programme interdisciplinaire et interinstitutionnel de renforcement des capacités professionnelles en matière de cohésion sociale et de solidarité internationale. Rien n’empêche toutefois que dans un proche avenir d’autres thématiques soient sélectionnées pour d’autres diplômes postuniversitaires de MC, ou que soit organisé, selon les besoins des curricula universitaires de Master classique de deux ans selon la logique LMD en voie de généralisation dont le principe a été récemment adopté par la RDC, à savoir BAC+3(+2), les deux dernières années étant celles du Master passé à l’ISPR/ACEAC. 

Quoi qu’il en soit, ce service culturel et intellectuel rendu à la communauté sous-régionale est, à la longue, une des conditions d’adaptation qui convient à la situation des populations de nos sociétés en transitions. Il s’inscrit  pour I’SPR/ACEAC, dans la logique de son identité, de sa vision et  de sa mission.

IDENTITE DE L’ISPR/ACEAC, SA VISION ET SA MISSION

En complément aux initiatives politiques, économiques et sociales en cours, les évêques de la Sous-région des Grands Lacs ont donc levé l’option de créer l’ISPR/ACEAC, un instrument permanent de socialisation, de réconciliation au bénéfice de la promotion, de la consolidation et de la diffusion d’une culture de la paix dans la Sous-région y compris par la formation formelle et non formelle ainsi que par de recherche appliquée à ses problèmes vitaux.

Comme indiqué plus haut, l’ISPR/ACEAC est d’abord un centre culturel,  une école de paix et ensuite une institution de formation académique et scientifique appelée à se spécialiser dans l’étude et la gestion des conflits en vue de contribuer à la consolidation de la paix par la culture.  Comme outil pastoral, l’ISPR/ACEAC est  placé sous la responsabilité directe et sous la personnalité juridique de l’ACEAC.  Aussi, sa dénomination est-elle celle de l’ISPR/ACEAC. Mais pour la formation formelle, l’ISPR/ACEAC est régi par le régime universitaire congolais qui en assure les accréditations à travers l’Université Catholique de Bukavu (UCB), principal partenaire didactique de l’Institut.

Le contenu, la durée et le format des formations non formelles seront régis par un régime contractuel entre l’ISPR/ACEAC et les bénéficiaires. Ils  seront conformes aux besoins de ces derniers.  Ce type de formation est assorti d’une certification.

Quant à  la formation formelle, elle  est sanctionnée par un diplôme d’études postuniversitaires de Master Complémentaire à des fins de renforcement de capacités professionnelles des cadres sociaux en matière de cohésion communautaire et citoyenne et de concorde entre les peuples de la Sous-région.  Plus tard, il y aura sans doute lieu de bâtir des programmes pour un diplôme universitaire  de Master, et dans tous les cas conforme au régime congolais d’accréditations académiques. Pour coordonner la formation formelle à l’ISPR/ACEAC, l’UCB agit  en synergie avec un vaste réseau académique et scientifique comprenant entre autres le Catholic Peacebuilding Network (CPN).  

LES BENEFICIAIRES DU PROGRAMME

Les bénéficiaires directs, les participants éligibles à prendre  part à ses programmes sont de préférence des acteurs sociaux déjà dotés d’une formation universitaire de base et engagés par leurs professions dans les services sociaux de la cohésion sociale et citoyenne, ou dans la concorde et la solidarité internationales. Ils sont recrutés du milieu  de travail des organisations humanitaires ou religieuses, des communications sociales, de la culture et arts, du monde associatif, de l’entreprise économique, et même des services publics si telle est la volonté de ses responsables. Ce sont donc au départ pour la plupart,  des acteurs sociaux déjà dotés de la formation universitaires de deux cycles : des leaders sociaux, des animateurs de communautés, des responsables religieux de différentes confessions, des éducateurs, des journalistes, des activistes des droits humains, des responsables de services publics et privés, des responsables de servies de paix et de sécurité dûment mandatés ou  tout au moins autorisés par leur hiérarchie pour  approfondir et consolider à l’Institut leur  culture de la paix au service de leurs services respectifs et de toute la communauté.

L’ISPR/ACEAC  accompagnera ces apprenants dans le processus de guérison intérieure qui passe par le partage de leurs joies et de leurs peines ainsi que par la valorisation de leurs expériences constructives, par une recherche qualifiée, participative et solidaire de réponses innovantes et pertinentes aux défis des conflits et de la consolidation de la paix. Par la recherche appliquée, l’Institut les soutiendra  dans l’élaboration et la diffusion des visions communes de leurs défis vitaux ainsi que  des solutions concertés pouvant  aider leurs communautés et leurs services d’origine à cheminer résolument, ensemble, vers un développement intégral, harmonieux et durable parce que solidaire et respectueux des uns et des autres. Les apprenants seront une vingtaine par programme et par an. L’Institut peut en organiser à la fois deux par an, soit pour un maximum d’une cinquantaine d’apprenants l’an.

Les bénéficiaires indirects  de l’ISPR/ACEAC sont donc tout logiquement les différentes communautés humaines réparties sur l’ensemble des trois pays : le Congo, le Rwanda et le Burundi  dont les effectifs démographiques avoisinent les 100.000.000 d’âmes qui, d’une manière ou d’une autre, bénéficieront du rayonnement de ce nouvel esprit communautaire  promu par cette initiative pastorale.

LES ACTIVITES DE L’INSTITUT  

Les activités de l’ISPR/ACEAC sont donc logiquement réparties en trois volets principaux mais pas exclusifs : un séjour commun de socialisation, de vie, d’étude et d’échanges  entre les apprenants au siège de l’ISPR/ACEAC ; une période de mobilité et d’immersion professionnelle en international ; et enfin,  une occasion d’études approfondies et  de recherche appliquée destinée à l’innovation au bénéfice des communautés respectives des apprenants. 

Les trois activités principales  décrites plus bas portent sur des questions relatives aux conflits nationaux et sous-régionaux, à leur transformation et à leur résolution.

  1. Un séjour commun de socialisation et d’études pour une expérience personnelle de réconciliation avec l’histoire récente 

Le séjour commun de socialisation signifie pour des acteurs sociaux de la sous-région qui le veulent,  un cadre physique, un milieu résidentiel de vie d’études et de travail,  de rencontre interpersonnelle et d’échanges  offrant aux leaders sociaux prenant part aux programmes une occasion  de réconciliation avec leur histoire.

Ce séjour commun de socialisation est effectué à Bukavu, au siège de l’Institut ; il  concerne par programme, une vingtaine de leaders des trois pays appelés à vivre ensemble durant six mois et par la suite de consacrer quelques 3 mois de mobilité sous-régionale à la connaissance de services, communautés et peuples autres que les leurs propres : par exemple 5 du  Burundi,  10 du  Congo et 5 du  Rwanda pour une expérience de proximité, de convivialité tout en œuvrant à  la  construction d’une vision partagée autour des problèmes communs et de leurs solutions. Il s’agit là d’une expérience personnelle de rapprochement favorable à la guérison intérieure des cœurs et à la réconciliation avec son histoire récente souvent traumatisante. Il constitue déjà en soi un témoignage vivant et  une réponse concrète au défi  du vouloir vivre et travailler ensemble après les turbulences des conflits ayant provoqué ressentiments, préjugés et méfiance à surmonter au niveau personnel et collectif. Le séjour en commun de 6 mois est placé sous la supervision d’encadreurs formateurs mandatés eux-mêmes à cet effet, par trois conférences épiscopales de l’ACEAC.

A cet effet, est disponible à Bukavu un cadre matériel provisoire pour l’hébergement social et la didactique en cours d’aménagement, de même qu’une cellule humaine d’encadrement qu’il reste à étoffer.  Au stade actuel, ces  infrastructures de base  sont situées à Murhesa, à une vingtaine de Km de Bukavu. Elles comportent entre autres une résidence conviviale pour une vingtaine de places et des locaux de formation.

L’apprenant y suit les enseignements théoriques  qui l’initient aux instruments nationaux, régionaux et internationaux d’approche des conflits. La formation est soutenue par des séminaires intensifs d’entraînement à la recherche  appliquée et scandée de conférences sur différents thèmes pertinents complètent les enseignements théoriques

    2. La didactique, la recherche et la diffusion

L’Institut constitue ensuite une organisation académique et scientifique  spécialisée dans l’étude et la gestion des conflits. En supplément de leur formation universitaire de base, l’Institut aidera  par là les apprenants à acquérir des compétences supplémentaires sérieuses en matière d’étude et de gestion des conflits, à élaborer par leurs recherches en réseau une vision transfrontalière partagée sur les  enjeux relatifs aux  conflits. Les activités d’enseignements théoriques sont effectuées durant les six mois de séjour commun de socialisation.

Comme Institution didactique,  l’Institut  a vocation à participer activement à la production des connaissances nouvelles diversifiées, approfondies, pertinentes, utiles à la communauté. Il faut, pour ce faire documenter les situations et défis locaux, décrypter, utiliser et diffuser différentes théories et outils d’analyse qui aident à comprendre la genèse des conflits, leurs dynamiques et leurs transformations, afin de mieux aborder le concept de paix et de réconciliation ainsi que les exigences de leur stabilité.

Cette formation formelle comprend ainsi la documentation, la recherche ainsi que la diffusion portant sur les meilleures pratiques sociales culturelles et politiques basées sur les instruments nationaux, régionaux et internationaux. Ses programmes de Master Complémentaires sont annuels et articulés en 60 crédits de 20 de travail chacun. Ils sont exécutés sous la tutelle académique de l’UCB. Celle-ci est du reste appuyée en cela, en ce qui concerne les enseignements théoriques,  par un vaste réseau sous-régional et international d’universités, de centres de recherche et pour la formation appliquée par un réseau  d’acteurs de terrains  publics et privés en matière de gouvernance, d’études et de gestion de conflits, paix et réconciliation, de droits humains et de développement. En plus des 20 candidats admis aux programmes académiques pour le compte de l’ACEAC, un  nombre très limité d’externes peut être admis aux programmes académiques. L’Institut ne peut organiser qu’un ou deux programmes à la fois.

A travers les activités didactiques, l’ISPR/ACEAC entend valoriser en priorité les principaux instruments nationaux et internationaux en matière de paix, de sécurité et bonne gouvernance.

Pour la formation pratique, l’enseignement capitalisera également les acquis culturels des peuples, les meilleures expériences sociales du leadership religieux  des communautés, notamment à travers l’Enseignement Social de l’Eglise et le dialogue interreligieux en matière de paix de même que l’expertise pertinente des communautés locales et des différentes organisations de la Société Civile ou encore  celle des services publics engagés dans la cohésion citoyenne, la promotion des Droits Humains et le développement intégral.

Tous ces acteurs de terrains sont autant de partenaires potentiels de la formation pratique à l’Institut, notamment à travers séminaires et stages. Un va-et-vient est donc établi entre l’Institut et le monde de l’emploi. En effet, les candidats en viennent et les lauréats de ces programmes ont vocation à retourner  ensuite dans  leur milieu de vie et de travail, renforcés dans leurs capacités professionnelles d’animer la cohésion sociale et citoyenne. Quelques uns pourront poursuivre des études doctorales dans un autre cadre.

La diffusion, quant à elle,  se fait par l’édition régulière d’ouvrages individuels ou collectifs et par des publications d’articles dans la revue de l’ISPR/ACEAC à mettre en place, de même que par des conférences, des ateliers, par les médias ou par tous autres moyens pertinents, y compris les Technologies de l’Information et de Communication, tel un site web de l’Institut à placer sur la toile, pour y placer des informations générales et de la documentation spécialisée.

Pour la didactique formelle, voici l’ensemble des programmes académiques annuels prévus des Masters Complémentaires (MC) retenus par l’ACEAC comme prioritaires pour les cinq ans à venir :

  1. Ressources naturelles, environnement, paix et développement durable
  2. Media, paix et conflit
  3. Genre, violences sexuelles, paix et conflits
  4. Bonne gouvernance, culture de paix et bon vivre
  5. Education à la paix

Programmes des cours

  1.  La mobilité sous-régionale des apprenants

La  troisième activité de cette formation est celle de la mobilité et de l’immersion à l’étranger mais à l’intérieur de la zone de l’ACEAC correspondant au plan politique à la Sous-région des Grands Lacs.

Cette démarche vise le  décloisonnement culturel, psychologique, communautaire et professionnel des candidats par une immersion dans les réalités communautaires et sous-régionales en dehors de leur cadre national. Elle aidera à surmonter les préjugés et les stéréotypes, à savoir apprécier les atouts des autres pouvant stimuler pour sa propre communauté la saine émulation, à bâtir ensemble de nouveaux schémas du vivre ensemble.

Les 64 diocèses offrent à cet effet pour cadre de mobilité leurs structures sociales respectives pour le recrutement, l’accueil et l’encadrement des stagiaires et chercheurs de l’Institut et plus tard pour l’insertion ou la réinsertion dans le monde du travail social après formation. Mais ils ne seront pas les seuls à le faire : d’autres organisations peuvent  également participer à cette dynamique, à des conditions à convenir avec l’ACEAC comme pouvoir organisateur de l’Institut. Telle pourra être la contribution à la vie de l’ISPR/ACEAC de différentes confessions religieuses  ainsi  des organisations de la Société Civile,  des organismes  publics d’appui à la démocratie ou à la consolidation de la paix. Tout cela en vue d’enrichir toujours plus et d’enraciner les  enseignements à l’Institut en les rendant toujours plus adéquats au bénéfice du  renforcement des capacités professionnelles des apprenants en matière de cohésion sociale et de coopération régionale.

Au terme de leur parcours, les apprenants pourront de nouveau regarder ensemble dans la même direction après avoir documenté les conflits par leurs  causes profondes scientifiquement établies, après avoir analysé les préjugés accumulés afin de mieux connaître leurs ravages sur notre vivre ensemble. Ayant scruté ensemble les conflits dévastateurs, en avoir identifié les mobiles, les motifs, ils pourront enfin travailler méthodiquement à la recherche des voies et moyens de surmonter ces conflictualités dans la vie spirituelle, sociale et professionnelle, publique et privée. Ils pourront également se constituer en réseau de solidarité  de manière à pouvoir relayer cet esprit dans leurs milieux respectifs de vie et de travail, dans la famille, la vie professionnelle ainsi que dans la vie publique.

Telle est la raison d’être de l’Institut, en tant qu’il est un cadre pastoral, didactique, scientifique, socioculturel et professionnel de consolidation de la paix. C’est de cette manière que  l’ACEAC  fixe pour objectif  à son Institut de contribuer à  jeter ensemble les bases culturelles solides et appropriées à cette fin, en supplément, en prolongement et en complémentarité avec des services sociaux  que l’Eglise rend déjà sur terrain en faveur de la paix à travers différents Commissions Episcopales telles Justice et Paix, Caritas, Education, ou encore celles de la Communication Sociale et d’autres encore.

LES RESULTATS ATTENDUS

En termes de résultats, les Evêques de l’ACEAC espèrent que, s’appuyant au départ sur un noyau de volontaire du leadership sous-régional, l’Institut contribuera de manière significative à la réhabilitation de l’homme au niveau du cœur et des mœurs, à la création de savoirs et savoir-faire, de savoir vivre et de bon vivre pertinents.  L’ACEAC espère que, comme organisation, l’ISPR/ACEAC  s’épanouira lui-même, pour devenir, comme structure, de plus en plus un cadre adéquat de vie, de travail, de documentation, de concertation,  de fraternisation et de réconciliation.  Par le biais de cette école de paix, les Evêques auront posé, au bout d’une dizaine d’années,  une précieuse pierre à l’édifice commun de la paix, en plus de ce que l’Eglise  fait déjà par des services sociaux comme Caritas Développement et Justice et Paix.

Sur le plan de la production des savoirs, de savoir-faire et de bon vivre, les récipiendaires auront, ensemble, élaboré  et publié au moins une dizaine précieuses monographies collectives bien fouillées sur le cheminement vers la paix ainsi que de nombreux articles sur ces sujets brûlants ; ils auront  organisé un certain nombre de conférences et de manifestations culturelles d’intérêt sous-régional. Ils auront été entraînés à aborder la conflictualité avec la rigueur, l’humilité,  la compétence et l’humanité nécessaires à ce domaine sensible.

Sur le plan quantitatif,  l’ACEAC  aura formé pour différentes communautés à la base entre  200 et 300 messagers, médiateurs et éducateurs à la paix qui accompagnent au quotidien et à différents niveaux la vie publique et privée de nos services et de nos communautés dans le processus de la consolidation de la paix.D’autres déborderont forcément le cadre de la Sous-région des Grands Lacs pour  mettre leurs compétences au service de la communauté humaine internationale, mais il faut espérer la plupart d’entre eux s’efforceront à rendre à la communauté une part de ce qu’ils en auront reçu, et que la communauté sous-régionale à son tour, réussira à fidéliser le gros des lauréats.

Sur le plan qualitatif, les leaders sociaux auront personnellement cheminé  et auront acquis pour caractéristiques d’être devenus, au niveau personnel, spirituellement mieux réconciliés avec eux-mêmes et avec les autres, sociologiquement plus décloisonnés et plus conviviaux, scientifiquement plus avisés, professionnellement plus compétents dans leurs domaines professionnels respectifs  d’acteurs sociaux, moralement et politiquement plus engagés dans une attitude solidaire, et enfin selon les cas, économiquement et socialement plus productifs. Ils auront en somme acquis des capacités attestées de relayer auprès de leurs milieux familiaux, de leurs services et de leurs communautés, un nouvel esprit de réconciliation, de justice et de paix. Ils auront surtout contribué à promouvoir concrètement un nouvel espace psychologique,  culturel, socioprofessionnel apaisé, favorable à la cohésion nationale,  au rapprochement et la concorde entre les peuples de la zone de l’ACEAC  ainsi qu’à la future intégration régionale.

De son côté, sur le plan organisationnel,  l’Institut lui-même, en tant que tel, aura été constitué en authentique instrument pastoral de justice de réconciliation, de communion et de paix. En outre, il aura été constitué en  cadre permanent de concertation ouvert à tous et situé comme « l’Eglise au milieu du village », appelé en outre à  devenir un véritable incubateur d’idées innovantes au service du bon vivre ensemble.

Sur le plan scientifique, il sera constitué  en un centre documentaire sous-régional spécialisé sur l’étude et la gestion des conflits. Il aura en effet acquis un fonds documentaire important à la disposition de tous avec des sources éditées ou non,  avec des éléments de littérature grise selon les cas archivée ou mise en ligne sur les négociations de paix dans la sous-région, avec des études avancées  et bien ciblées,  axées sur les défis cruciaux de la communauté. Il aura édité des ouvrages et mis en route une revue spécialisée. Pareille perspective ne pourra que faire du bien pour une communauté sous-régionale comme la nôtre, dangereusement malade de son vivre ensemble.

Ce sont là autant d’instruments supplémentaires qui permettent à notre communauté en difficultés récurrentes de mieux se comprendre et de mieux se prendre en charge. Sur ces défis, l’ISPR/ACEAC se doit de travailler avec assiduité sous la sollicitude paternelle de l’ACEAC, son pouvoir organisateur.



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